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L’Ange au Sourire
Mythe du "Sourire de Reims"


Si les anges de la cathédrale de Reims sont bien connus des érudits du XIXe siècle, rien ne prédestinait le futur Ange au Sourire à particulièrement se démarquer des 2302 autres figures sculptées ornant la cathédrale.

Certes la statue est massive, particulièrement bien placée et attire le regard des fidèles et des visiteurs par un sourire gracieux et malicieux. Certes, la cathédrale de Reims est qualifiée de « cathédrale des anges » par André Michel qui distingue cependant son alter ego, l’Ange de l’Annonciation[1]

La première guerre mondiale qui nous a fait perdre tant d’œuvres majeures, va propulser, l’Ange dit de saint Nicaise, ce trésor du XIIIe siècle encore méconnu, sur la devant de la scène médiatique.

Le 19 septembre 1914, au début de l’incendie qui va ravager la cathédrale des sacres, une poutre de l’échafaudage en flammes décapite l’ange de Saint Nicaise[2]. Face à la torpeur de la destruction du sanctuaire, aux drames causés par les bombes sur la ville de Reims, nulle personne ne se soucie de cette statue, sauf un prêtre, l’abbé Jules Thinot. Dès le lendemain de l’incendie, il rassemble de nombreux fragments de statuaire qu’il met en sûreté dans les caves de l’archevêché.

La cathédrale de Reims devient un symbole, celui de la barbarie prussienne qui détruit une partie du patrimoine universel et l’ange décapité est un superbe support pour la propagande française.

Stupeur ! Le 6 novembre 1915, le New-York Times relate l’achat d’une tête d’ange de la cathédrale de Reims par un riche industriel américain. Ce que les Allemands n’ont pas détruit, les Américains l’achètent avec la complicité de Français. Une enquête est alors lancée. Mais il n’existe pas d’inventaire des fragments et l’abbé Thinot a été tué au front en mars 1915. Il faudra l’œil averti de l’architecte Max Sainsaulieu pour découvrir le plus gros fragment de cette statue, devenue si précieuse. Le « Trésor National » est resté en France.

Cet ange au sourire malicieux connaît durant la guerre une large diffusion médiatique qui perdure bien après : carte postale, moulage, médaille, porte-clés, timbres… Il devient un support de propagande pour le gouvernement français, un support publicitaire pour la Maison de champagne Henri Abelé, un support de communication pour l’Office de tourisme de Reims, un support valorisant pour de nombreux commerçants.

Image de la ville et de sa cathédrale, l’Ange au Sourire est devenu médiatiquement l’aboutissement de l’art gothique et par là même, de l’art français. Il est devenu notre patrimoine du fait que nous avons conscience de son existence et que nous souhaitons en assurer sa transmission aux générations futures.

Restaurée et remise en place le 13 février 1926, cette statue, dorénavant célèbre dans le monde entier, porte en elle l’espérance et la foi des hommes du Moyen-Age. Un symbole inspiré et inspirant comme le souligne le journaliste Marc Blanc en 1932 : « Soigneusement drapé sous son manteau et confiant dans la beauté de ses boucles frisées, il semble, merveille parmi tant de merveilles, envisager l’avenir avec sérénité… »[3]


Pour en savoir plus :  Yann Harlaut, Naissance d'un mythe : l'Ange au Sourire de Reims, Editions Dominique Guéniot, 2008, 144 p, ISBN : 9782878254358.

[1] André Michel, Histoire de l’Art depuis les premiers temps chrétiens jusqu’à nos jours, t.II. Formation, expansion et évolution de l’art gothique, 1ère partie, Paris, Librairie Armand Colin, 1906, p.153.

[2] Charles Sarazin, « Le Sourire de Reims », Sourire de Reims, n°2, avril 1929, 4 p.

[3] Marc Blanc, « Comment renaît la cathédrale de Reims », L’Eclaireur de l’Est, 9 avril 1932.